Le sous-bois


J’hésitais, il y a quelque temps, à publier des photographies que j’avais prises facilement, au début de la nuit, dans un parc d’attractions en Seine-et-Marne. L’esprit avait eu si peu à composer, si peu le choix de l’angle, tributaire du guide parmi la foule. Le visible était projeté comme au cinéma. Je me figurais qu’en prendre l’image revenait à copier, que publier la copie équipollerait la distribution d’un prospectus qui n’aborde les tenants et les aboutissants sociaux du tableau, et qui, en comparaison de mes campagnes en lumières naturelles, éclaterait de couleurs factices, tandis que mes campagnes paraîtraient ternes. Du personnel était en grève, et quelques hôtes d’accueil se comportèrent étrangement, sans qu’on sût pourquoi. J’en reste à me dire qu’il serait illusoire de publier ce qui brille artificiellement, dont on nous laisse ignorer les rouages, quand je vois le gracieux Soleil illuminer le sous-bois et me laisser libre de composer les reflets.
“L’étendue n’est pas dans la distance parcourue, mais dans la profondeur de l’esprit, ce qu’il révèle du paysage.”
Pensées d’un ignorant qui n’avait pas d’élèves à instruire, 2012.