Recommencement

Lever du vieil Arbre emmitouflé de coton. Le Soleil allume un bon feu. Des herbes folles sautillent de joie.

La Lune a quitté le ciel, ne souhaitant participer de l’inconscience des herbes ni de l’oubli de l’Arbre poudrés d’innocence.

“Néanmoins, tu reviendras réfléchir”, lui lance le Soleil rayonnant.

“Tandis que toi”, soupire la Lune, “tu te coucheras las, à la belle étoile, de liquéfier l’enchantement…”
“La vérité est utile à tous les hommes; l’erreur n’est profitable qu’à quelques-uns, et est nuisible à tous, parce que l’intérêt particulier est l’ennemi de l’intérêt général, quand il s’en sépare.
Il faut bien prendre garde de confondre la fable avec l’erreur. La fable est le voile de la vérité, et l’erreur en est le fantôme. Ce fut souvent pour le dissiper que la fable fut imaginée: cependant, quelque innocente qu’elle soit dans son principe, elle devient dangereuse lorsqu’elle prend le caractère principal de l’erreur, c’est-à-dire, lorsqu’elle tourne au profit particulier de quelques hommes. […] 
Puisque la vérité est un rayon de la lumière céleste, elle luira toujours pour tous les hommes, pourvu qu’on ne mette pas d’impôts sur leurs fenêtres; mais, dans tous les genres, combien de corps fondés pour la propager, par cela même qu’elle tourne à leur profit, y substituent celle de leurs bougies ou de leurs lanternes! Ils en viennent bientôt, quand ils sont puissants, à persécuter ceux qui la trouvent; et quand ils ne le sont pas, ils leur opposent une force d’inertie qui les empêche de la répandre: voilà pourquoi ceux qui l’aiment, s’éloignent souvent des hommes et des villes.”
Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), La Chaumière indienne, 1791, avant-propos.