L’Éloigné

«J’ai par longtemps, comme Amour m’affolait,
Suivi ton œil, dont la flamme est si claire:
Et mon regard, papillon volontaire,
Toujours autour volait et revolait.

Je m’égayais au feu qui me brûlait:
Mais quand je vois que tu veux le contraire
Je m’en éloigne, & pour te satisfaire
J’ôte à mon cœur l’heur qui le consolait.

En t’éloignant j’éloigne aussi ma vie,
Puis toutes fois que telle est ton envie
Je ne me plains de mourir en ce point.

Las je te rends entière obéissance,
Fors que tu veux que je ne t’aime point,
Mais les destins m’en ôtent la puissance!»

Philippe Desportes, Diane, livre premier, LXVI. Dans Les premières œuvres de Philippes Des-Portes (sic), 1600. J’ai modernisé l’orthographe.